Peut-on arrêter les suicides en série à La Poste ?

Elle avait 21 ans. Elle était factrice en CDD en Haute-Loire, à Monistrol-sur-Loire. Et le 15 février,
on l’a retrouvée pendue chez ses parents

charlie-chaplin au travail

Les Temps Modernes – Charlie Chaplin -1936

La veille du drame, il lui est signifié qu’elle ne fera pas sa tournée habituelle. Elle devra distribuer des plis sur le secteur de Saint-Just-Malmont. une tournée difficile, qu’elle ne connait pas, dans une région montagneuse et enneigée. Elle doit remplacer un autre CDD en maladie. Il a laissé deux jours de courrier. Elle devra donc en distribuer trois.

Elle n’a pas pu achever sa tournée, en dépit de onze heures de travail. Elle arrive tôt le 15 février matin.  Elle n’a pas dormi de la nuit. Elle est en larmes. Son chef, la voyant épuisée, lui propose de rentrer chez elle.

Elle se pend quelques heures plus tard.            voir l’article du progrès 


La Poste est aux prises avec une crise suicidaire de même ampleur que celle de France Télécom il y a quelques années, malgré  le black-out imposé par la direction. Ainsi, en 2012, plus de 30 suicides ou tentatives de suicides ont été enregistrés, dont 10 suicides sur le lieu même de travail, chiffre jamais atteint jusque là. Peut-on arrêter les suicides à La Poste ? Il faut d’abord accepter de reconnaitre les faits, au lieu de les minimiser comme le fait la direction de La Poste, tuant deux fois les personnes :

  • une 1ère fois en imposant des conditions de travail pathogènes,
  • une 2nde fois en niant l’évidente responsabilité du travail dans les accidents qu’elles génèrent.

Ainsi, la jeune Pauline, CDD de 21 ans, s’est-elle pendue chez elle le 15 février dernier, après avoir réalisé une journée de travail harassante. Au dernier moment, on lui a demandé de couvrir en un jour trois jours de tournée  dans une région difficile et qu’elle ne connaissait pas. Ce simple exposé des faits montre bien la situation tragique dans laquelle se trouve La Poste aujourd’hui, du fait de l’incurie des dirigeants, pour ne pas dire plus.

En 2008, le PDG de La Poste avait décidé de privatiser La Poste, prétextant un besoin de financement difficile à assurer du fait du statut d’entreprise publique. Le précédent gouvernement a fait voter la loi, passant en force à l’Assemblée nationale et au Sénat. S’en est suivi une politique d’austérité drastique, les dirigeants fermant au maximum les robinets du recrutement, plongeant les services dans des conditions de travail pathogènes et impossibles à supporter, telles qu’elles ressortent clairement du drame de Monistrol. Les moyens de remplacement ont été réduits à leur plus simple expression, dans les services financiers, à l’Enseigne mais surtout au courrier : ce sont des CDD de courte durée qui doivent assurer au pied levé le remplacement des facteurs absents, puisqu’il n’y a plus de personnels formés pour assurer le remplacement des congés ou des absences. En moins de 10 ans le nombre d’agents est passé de 340.000 à 250.000, comment dès lors s’étonner de tous ces drames directement liés à la recherche effrénée de productivité ?

Cette politique s’est accélérée depuis 2008, ce qu’illustre parfaitement l’évolution du niveau des recrutements passé de 7 remplacements pour 10 départs à 3 sur 10 en 2011, avec pour conséquence directe de mettre en danger la vie des postiers en leur imposant des conditions de travail dignes du XIXème siècle.


Dans certains cas de suicides, la famille a décidé de mettre en cause la responsabilité de La Poste. L’article 223-1 du Code pénal dispose en effet que « le fait d’exposer directement autrui à un risque immédiat de mort ou de blessure de nature à entraîner une mutilation ou une infirmité permanente par la violation manifestement délibérée d’une obligation particulière de prudence ou de sécurité imposée par la loi ou le règlement » est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. Par ailleurs, l’article L4121-4 du code du travail fait obligation à l’employeur de prendre en considération les capacités de l’intéressé à mettre en œuvre les précautions nécessaires pour sa santé et sa sécurité, ce qui n’a manifestement pas été le cas ce 14 février à Monistrol.


« Il n’y a pas d’éléments permettant d’établir la responsabilité de l’entreprise. Ce sont des drames personnels et familiaux, où la dimension du travail est inexistante ou marginale », aurait  déclaré au cours d’un conseil d’administration le président de La Poste, Jean-Paul Bailly, le 28 février, à propos du suicide de Monistrol et de trois autres suicides récents. La direction a contesté par la suite ce CR fait par les représentants du personnel au CA.

Sans doute le PDG et son alter ego se retrancheront-ils derrière les accords que La Poste ne manque pas de négocier, année après année, avec les syndicats, sans aucun résultat sur le terrain.

Il reste donc à espérer qu’un syndicat ou un CHSCT concerné par un suicide au travail puisse demander la mise en examen de la responsabilité de l’entreprise, pour marquer un coup d’arrêt à ces suicides en série qui se déroulent depuis plus de 2 ans et qui restent impunis, laissant planer le doute d’une organisation criminelle.

3 commentaires pour “Peut-on arrêter les suicides en série à La Poste ?

  1. 2 avril 2013 at 10 h 00 min

    La liste des drames de la poste est lisible sur

    http://www.stop-harcelements.net/p/postiers-en-souffrance.html

  2. G.I.
    5 avril 2013 at 9 h 22 min

    Je suis en arrêt de travail depuis 1 an et demi : burn out, nom à la mode et anglicisme utilisé pour les cadres, mon psychiatre appelle plutôt un chat un chat : dépression grave.
    … En 1 an, j’ai perdu 20 kg et j’aurais continué jusqu’à ce que quelque chose se passe, qui fasse cesser mes souffrances. Mais les derniers temps, le petit reste de conscience de la réalité qui subsistait en moi, me susurrait à l’oreille que de se laisser mourir, …, cela méritait un détour chez le psychiatre…..

    je me cache derrière un pseudo et une adresse mail inventée pour ce genre de témoignage, car l’an dernier, j’avais commis l’imprudence de présenter mes condoléances à la veuve du cadre courrier qui s’était donné la mort, en utilisant mon vrai nom (je ne pensais pas faire du mal)et en précisant que je vivais un peu une situation identique.
    Résultat : tollé à ma Direction+branle-bas de combat+coups de téléphone de l’assistante sociale qui m’informe de cet énorme remue-ménage que j’ai déclenché ! Puis, le lendemain, visite de 3 gendarmes à mon domicile, car tous les mails et témoignages sont sous surveillance !
    Mes enfants ont eu très peur que leur papa soit un gangster et il a fallu les rassurer très vite….
    J’ai relaté l’essentiel de ma descente aux enfers dans un document de 14 pages, qui s’arrête au 4/12/2012. J’en ai donné 1 exemplaire à mon Psy et un autre au médecin de prévention de la Poste, qui a démissionné entre-temps (burn out ! LOL !)
    merci d’avoir pris le temps de lire ce témoignage

  3. conjointe de postier
    18 avril 2014 at 1 h 33 min

    Bonjour, moi j’ai ouvert un blog épouse de postier : lapostehandicap.canalblog.com
    vous pouvez me laisser votre témoignage si vous le désirez, je le mettrais sur mon blog, il faut se mettre à plusieurs pour faire bouger les choses et surtout ne pas rester seul….

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