Nouvelle et grave alerte suicidaire à Orange

chsct alerteDu 15 janvier 2014 au 25 février 2014, l’Observatoire a recensé 9 suicides parmi le personnel de France Télécom-Orange, soit en deux mois, presque autant qu’au cours de toute l’année 2013 !

Sur les neuf cas portés à notre connaissance, (voir ci dessous), sept au moins ont une relation explicite au travail. Il s’agit par ailleurs de femmes et d’hommes de tous âges et de toutes qualifications.

Cette dramatique aggravation de la crise suicidaire doit trouver son ou ses explications.

Les toutes prochaines bilatérales des deux instances nationales du groupe Orange, le CNSHSCT (Comité national santé hygiène, sécurité et conditions de travail) et le CNPS (Comité national de prévention du stress), devraient permettre de dresser un état des lieux plus précis. Ces réunions doivent également être l’occasion pour la direction du groupe de s’expliquer sur cette dégradation, ses causes et surtout les mesures d’urgence que l’entreprise entend mettre en œuvre.

Pour l’Observatoire du Stress, la montée de l’inquiétude et du mal-être dans le personnel était sensible depuis plusieurs mois, et ses principales causes connues et mises en exergue dans les multiples enquêtes menées en national et dans les CHSCT de l’entreprise.

« Faire mieux avec moins »

  • Les nombreuses décisions de prises de retraite et le dispositif « Temps partiel séniors » (TPS) vont entrainer le départ de 15 000 salariés d’ici 2015 et de 30 000 salariés d’ici 2020 ! Cette décrue de l’effectif n’a pas d’équivalent dans les grandes entreprises françaises depuis deux décennies.

Ces départs massifs ne seront que faiblement compensés par de nouvelles embauches (4000 prévues d’ici 2015). Dans de nombreux services, on compte la moitié de l’effectif  parmi les partants : le travail doit donc être fait par ceux qui restent, deux fois moins nombreux.

Le retour des anciennes méthodes

  • Pour tenter de faire face aux dysfonctionnements qui apparaissent un peu partout, tout en voulant en même temps, accroître la productivité, les directions se livrent à d’incessantes (et parfois contradictoires) réorganisations. Au résultat : une augmentation des mobilités professionnelles et géographiques, une incertitude sur la pérennité de son travail, une montée de l’inquiétude chez beaucoup d’agents du groupe. D’autant que l’on constate, dans les directions intermédiaires, des modes de management anciens et brutaux :

    Ceux-ci s’appuient, pour l’essentiel, sur des dispositifs de gestion du personnel qui n’ont pas changé, malgré les enquêtes et les mises en garde, et qui conduisent aux pathologies de l’isolement dont les suicides font partie : mobilités forcées, évaluation individuelle des performances, mise en concurrence des salariés, challenges, coaching, etc.

L’observatoire appelle à la vigilance.

Après la désastreuse crise de 2007/2009, un «contrat social » nourri par de nombreuses négociations sociales avait apaisé le climat social jusqu’en 2013.

Mais les mêmes causes produisent les mêmes effets : on retrouve dans l’entreprise d’aujourd’hui les facteurs structurels de la crise 2007/2009, dont l’une des manifestations, la plus grave, est la remontée rapide des suicides.

Fidèle à sa mission d’origine, l’Observatoire du Stress veillera à connaître le plus précisément possible l’état de santé physique et psychique des salariés dans leur environnement de travail. Il soutiendra la mobilisation des personnels et des syndicats, qui demandent à la direction de l’entreprise de s’attaquer à cette dégradation du travail et des conditions du travail par des mesures fortes et rapides.

Droit d’alerte des syndicats  

Notant qu « En l’espace d’un an la situation s’est dégradée au travers des suppressions d’emplois programmées sur plusieurs années et l’insuffisance de recrutements, de l’accélération des fusions, des restructurations, des fermetures de sites, des changements de métiers, des changements de l’environnement du travail », l’ensemble des organisations syndicales d’ORANGE  ont émis un droit d’alerte concernant la mise en danger de la santé et de la sécurité des salariés au sein d’ORANGE et demandent des mesures immédiates et correctives pour y répondre. (lire ici)

Liste des suicides à ORANGE identifiés en janvier – février 2014
        Date                   Nom           Service
        14/01/14            R.C.           DTF (Orange Village)
        17/01/14            N.F.           AG Pro  (Poncelet)
        24/01/14            A.G.          UAT  (Boitelle)
        09/02/14            D.M.         SCE (facturation) – (Eysines)
        09/02/14            E.R.          AG Pro (Est)
        12/02/14             S.M.         SCE (ASM)  – (Bellini)
        12/02/14             L.T.          UI   (Voltaire)
        25/02/14             G.S.         UI   (Laval)
        (avant 20 fevr)   S.E.          Centre service entreprise Sud – DEF
sources : syndicats et collègues proches

7 commentaires pour “Nouvelle et grave alerte suicidaire à Orange

  1. 18 mars 2014 at 19 h 56 min

    Désolant cette vague de suicide Les armées ont mis au point des Techniques d’Optimisation du Potentiel pour gérer le stress Orange devrait former son personnel volontaire à ces outils qui ont fait leur preuve !

    • Comité de rédaction
      10 avril 2014 at 21 h 56 min

      il y a une grande différence entre l’armée et une (grande) entreprise : dans la patrouille de france, tous les membres sont solidaires et se font confiance sous peine de perdre leur vie. Dans une entreprise comme ORANGE et beaucoup d’autres, les organisations et les méthodes de management (le lean, les open space, les entretiens d’évaluation, les réorganisations permanentes, etc) ont pour objectif d’isoler les salariés, de les mettre en concurrence entre eux, d’éliminer les moins performants du moment, de les pousser au burn out, etc : quand le contexte n’est pas le même, on ne peut pas utiliser les mêmes analyses ni méthodes de prévention.

  2. B.F.
    19 mars 2014 at 16 h 27 min

    Bertrand Fauquenot IPRP en santé au travail & addictologie

    (…) je ne peux m’empecher de retourner aux publications d’Yves CLOT (Le travail à coeur, 2010 éditions La Découverte) et de Christophe DEJOURS, (Souffrances en France édition Bayard) qui pointent autant les malaises du management que les problèmes d’organisation du travail à court terme et à moyen terme. Les auteurs incitent à analyser les mécanismes de la manipulation du management qui doit justifier en permanance des changements. Yves Clot souligne de son coté le besoin de ne pas faire des salariés pris dans ces logiques de changements « hystériques » des victimes ou bien des personnes uniquement atteintes de troubles psychologiques du fait des relations devenues perverses.
    De plus, certaines situations devenues tellement « toxiques » semblent nécessiter le recours au pénal pour faire cesser des mises en danger.
    Au dela de ces deux réflexions ()vos bateries conseils aux membres de CHSCT confirment l’IMPORTANCE DES INSTRUMENTS JURIDIQUES ET RELATIONNELS détenus par les CHSCT.
    B.F. (ANPAA)

  3. Jérôme
    20 mars 2014 at 5 h 36 min

    Vous parlez d anciennes méthodes de management brutale étant dans le cas je peux vous dire que je préfère largement l ancienne école à la nouvelle oú l on met de jeune manageur avec des dents à rayer les parquets qui sont souvent juste de passage histoire de se faire « mousser » pour aller plus haut dont certain ne connaissent ni l entreprise ni ça culture… Je sais de quoi je parle car je suis dans ce cas là. Pour ceux qui est de la mise en concurrence salarié, éval,perf… Il est clair que c est très pesant. Il est important d être commerçant dans le sens 1er du terme (NDLR : dans quel sens ?)(…) : Il ne faut pas penser qu au jour le jour mais voir plus loin. Perso je garde cette ligne de conduite et elle fonctionne très bien. Oublier les chiffres et ils se feront naturellement et tout seul.

  4. ORUS
    26 mars 2014 at 14 h 43 min

    Plus complètement, depuis le début de l’année 2014 le dénombrement (NDLR : sources ?) est de près de 1 suicide par jour pour cause professionnelle. Les médias ne font l’écho que les affaires relevées dans les grandes entreprises comme Orange et La Poste encore dernièrement. Il est clair que les mesures de prévention des RPS ne suffisent pas, même si elles protègent le dirigeant vis à vis de la loi et de sa responsabilité pour le bien-être des salariés au travail. Ce dispositif malheureusement ne prend pas en compte la réelle prise en compte des salariés qui sont en mal-être chronique et qui n’osent pas le dire.
    C’est ce que j’appelle « le silence de votre capital » (…). Je suis persuadé qu’il est urgent d’aider les salariés à lever le silence pour mieux les aider à s’en sortir, au risque que le fléau des décès au travail prenne le relais des morts sur la route. A méditer.

  5. Chris
    15 avril 2014 at 22 h 19 min

    Sans aucun doute, pas de changement de méthode. Je suis moi même en accident de travail avec présence au travail depuis plus de 2 ans maintenant.
    Jamais le RH de proximité ne prend de mes nouvelles. Jamais mon boss ne se pose la question si ma charge de travail est en adéquation avec mon état de santé pourtant fragilisé par un supérieur hiérarchqieu tyrannique
    Je suis l’exemple même que les choses perdurent, que rien a changé sur les méthodes managériales de nos patrons.
    Ma vie, je ne la dois qu’à moi. J’ai mis du temps à intégrer que ma guérison, je l’attendrai uniquement grâce à ma volonté, ma pugnacité face au passage à niveau qui m’a attiré chaque jour pendant ces 3 ans de souffrance.

  6. gaulois
    18 avril 2014 at 21 h 06 min

    Observer, constater, compter…celà fait des articles dans les médias et sur les sites internet.
    L’action, la résistance, elles, sont silencieuses.

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